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 Noah Llywelyn [wagtan]

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Stephy
charming anti-PRINCE
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Nombre de messages : 717
Date d'inscription : 30/05/2007

MessageSujet: Noah Llywelyn [wagtan]   Dim 10 Juil - 5:29


Noah Rhys Llywelyn


Survival walks into a bar & orders a drink, only to
slap it over her bleeding wounds & flinch when it makes them burn.
PRÉNOM(S) : Noah. Le sauveur, le constructeur, celui qui n’a jamais cessé d’avoir la foi. Un bonhomme qui n’a rien à voir avec toi. Trop bon, trop fort, trop vieux peut-être même. Rhys. Qui roule sur ta langue avec quelque chose de presque grossier, qui ressemble davantage à l’air hilare qu’ont tes clients tard le soir et qui signifie « enthousiasme » dans la langue de tes ancêtres. Un prénom qui t’allais jadis, le prénom qu’avaient tes doigts aujourd’hui manquant. Manque de bol. Manque de chance, et pas la peine de te dire qu’elle sera meilleure la prochaine fois. AGE : 31 ans. Encore trop jeune pour savoir tenir ta langue et à la fois trop vieux pour que ce soit mignon. On a beau te dire sage, tu perds peu à peu le nord. La fougue de la jeunesse ne c'est pas encore évaporé, mais la crainte de vivre tes derniers jours c'est installé. Tu vis dans un curieux entre deux. PROFESSION : Propriétaire et barman au « Bust Yer Cranium. » Un travail sans fierté à tes yeux, sinon celle des soirées musicales endiablées, quand la musique vibre jusque dans ton torse, ton cœur en percussion subtile. Un bar sans prétention, celui hérité avec ta sœur, une affaire familial, après la débandade, après la fin des jolis rêves – mais un orchestre, c’était probablement trop pompeux pour toi de toute manière. Et finalement, un rappel constant de ton échec, de ce que tu n’étais pas – un chasseur –  pour ce que tu es – un frère sans sœur. Un bar comme un cadeau empoisonné, une raison de continuer, une ancre dans une mer de souci qui n'en finit plus et surtout - oui surtout - un moyen comme un autre de te rattacher à ceux que tu envies aujourd’hui. Avec un piano pour elle tout au fond, celui que tu ne peux pas t’empêcher d’envier. Parce que tu aimerais y faire courir tes doigts ou parce que tu voudrais que ce soit sur toi, qu’elle fasse courir les siens ? Tu aimerais bien le savoir, toi aussi. STATUT SOCIAL : Fiancé à Tallula O'Leary. Le cœur rapiécé, tu ne croyais pas te prendre au jeu à nouveau, t’y prendre le cœur et les tripes, tu étais certain d’en avoir terminé avec la torture. Mais non et après Eilis, les coups qui pleuvent, les mots sifflés ou crachés, le cœur lacéré, il fallait que ce soit Tallula. Plus douce et pourtant plus dangereuse – que tu dis, que tu crois – elle n’était pas censé être davantage qu’une belle paire de sein disposé à te faire oublier ta moitié amputée. Sauf qu’elle n’a pas immédiatement reçu le mémo sur ton bilan de santé : brisé. Quand elle a compris, il était trop tard. Pour elle, pour toi. Tu l’as donc fiancé, faite prisonnière de tes bras et depuis, tu te dis qu’elle a de quoi regretter. Sauf qu’un an et demi à détester, ça fait long, peut-être qu’elle t’aime vraiment, peut-être qu'elle aussi, elle a mal au ventre quand elle te regarde. Peut-être qu'elle n'a pas besoin de savoir que c'est ton cas ? Tu ne sais plus trop, tu espères encore bêtement savoir l'aimer un tant soit peu correctement. RACE : Humain. Un état dont tu as toujours tiré fierté, jusqu’ici du moins. Jusqu’à ce que le bar soit trop vide, que le sourire de ta sœur te manque et que la crainte se faufile partout sous ton crâne. Depuis, la fierté s’en est allé et tu cherches à te remémorer les brides d’apprentissage qu’on t’a fournis, quand il était question de devenir chasseur. Souvenir d’une autre vie, de ce toi qui avait encore dix doigts, de ce toi qui pouvait entrer ou sortir d’un endroit sans craindre de découvrir une nouvelle strate de l’enfer. Tu n’as pas été chasseur mais tu le seras peut-être, un jour. NATIONALITÉ : Irlandais. Ni la pluie, ni le vent ou la boue, ne t’effraies. Non, il existe bien pire là, dehors. Et à l’intérieur ? Tu as le sang chaud, parfait contraste avec les pintes que tu t’envoies sans sourciller. Être ivre, c’est bon pour les vieux et les étrangers, toi tu sais fêter et avec déjà quatre ans derrière le comptoir de ton propre bar, tu as eu bien assez de pratique pour mettre au défi qui que ce soit en ville. ORIGINES : Gallois. Une extension de cet amour de l’alcool et des ambiances tamisées, le grand air en annexe juste à côté. Un peu de Viking en toi, celui qui dresse fière la hache en hurlant, seulement le tien était un peu mélomane. Ça à tout gâché, tant pis. Australien. Parce que tes ancêtres viennent de loin, parce que la mer est dans ton sang, fougueuse et parfois douloureuse. Un toi supposément imperméable au danger, sauf que non. C’est raté. FAMILLE : Implanté dans le milieu de la chasse depuis déjà trois décennies, les Llywelyn ont une histoire similaire à toutes celles des autres chasseurs : un de tes ancêtres a été attaqué par un loup et il fallait que sa femme – mais vous aimez les femmes caractérielles dans la famille, c’est bien connu – prenne les armes et aille le venger. Depuis, bien de l’eau a coulé, certains parlent de sang mais la vérité c’est que vous êtes devenus plus futés. Il y a toujours eu des Llywelyn chasseurs et il y en aura toujours, mais là n’est pas le destin et tous et ça, ta famille l’a toujours compris et respecté. De fait, plutôt que de vous diriger vers un entrainement obligatoire, toi et tous les autres, avez toujours eu le choix. Mais les Llywelyn ne combattant pas, ont pour devoir d’aider ceux portant les armes et l’audace. Ce n’est pas une question de courage, on te l’a appris très jeune, non ce n’est jamais qu’une question de perspective et de position. On ne peut pas tous aller au combat, on ne peut pas tous dormir avec les mains pleines de sang. Et c’est ainsi que des bars comme le tien ce sont dispersé un peu partout en Europe, hérité au sein de la famille, parfois d’un oncle, tantôt d’un cousin, plus souvent par des vieillards ou des femmes incapables de retourner combattre. Et puis il y a ceux et celles, qui comme toi, avait trouvé autre chose. Pourtant, tous les Llywelyn le savent – et tu le savais aussi, ta sœur aimait te le répéter – aucun membre de votre famille n’y échappe. Qu’on le souhaite ou pas, quand on né parmi vous, ont es voué à vivre près des chasseurs. On y revient toujours. Toi, tu fais simplement partis des informateurs, des guérisseurs – enfin c’est ce qu’ils aiment dire, mais tu sais mieux qu’eux tous, évidemment, tu sais que tu n’es plus bon à rien d’autre qu’à briser – et tu communiques avec les autres Llywelyn qui peuple le continent : nouvelles concernant les familles de chasseur, informations sur les créatures croisées et route à éviter. Tu connais jusqu’à les prévisions météorologique, de quoi te prendre la tête bien comme il faut. Mais tu es utile, vous l’êtes tous et tout le monde sait que les bars de votre famille sont des endroits sûrs, des endroits où on trouve plus que de l’alcool et de la bonne musique.
Instable Impulsif Lâche Abrupte Coléreux Orgueilleux
Conciliant Vaillant Débrouillard Franc Éloquent Aidant
01. Souvent pris en charge par l’un de vos oncles, celui tenant le bar qui est aujourd’hui le tien, c’est sur son vieux piano que tu es tombé amoureux pour la toute première fois. Tu n’étais encore qu’un tout petit garçon qu’on soufflait le mot prodige, qu’on parlait de talent jusqu’alors jamais égalé ou soupçonné au sein de ta famille. Les Llywelyn ne sont pas des musiciens, ils se débrouillent évidemment pour divertir leur clientèle et ont un talent certain pour les chansons paillardes populaires, des voix qui portent même, mais tu as été le premier, le seul à posséder ce don. Une fierté qui t’a suivis une bonne partie de ta vie, une excuse toute trouvée pour ne pas avoir à suivre la voie de la chasse, ni à t’intéresser au bar. On t’a laissé le droit d’aimer en nuance, du bout des doigts, tout en retenu, les yeux dans le vague. Noir et blanc. Ivoire et Ébène, jour et nuit dans ton esprit. 02. Si tu as encore aujourd’hui un élan de nostalgie en écoutant Beethoven, ton premier compositeur fétiche, c’est plutôt Johann Pachelbel qui a ensuite gagner ton affection dès que tu as rejoint le conservatoire de Dublin. Alors que l’adolescence te gagnait, tu t’acharnais sur le « cauchemar de Pachelbel », qui reste l’une de tes pièces favorites encore aujourd’hui. Et avec le temps, les compositeurs russes ont pris plus de place : tout d’abord Sergueï Rachmaninov, puis Piotr Ilitch Tchaïkovski et ses séduisants ballets. Puis tout est devenu flou, tu es devenu gourmand, encouragé par les élans passionnels d’Eilis, ta complice. Ta muse. Une partenaire de crime toute trouvée, quand bien même elle avait tendance à s’envoler trop loin et trop fort. Ça n’a pourtant jamais été un défaut. Au contraire. 03. Réservant la violence aux touches d’ivoires et d’ébènes, transformant tes frustrations en mélodie, tu t’es plutôt perfectionner dans l’art des mots. Ceux qui claquent, ceux qui tombent juste. Un autre talent, celui de la patience, celui du temps juste. Toujours sur le tempo, qu’on aime dire, que tu aimes entendre. Toujours à temps. Toujours bien mesuré, pas un mot de travers, tu sais jouer avec les limites. Enfin, tu savais, parce que cette illusion de tact et de grandeur d’âme, de ce presque don surnaturel semble t’échapper un peu plus à chaque instant. Les mots ne règlent pas tout, tu commences tout juste à le comprendre, mais encore faut-il savoir l’accepter. Alors tu continues de jouer avec le danger, tes orteils gigotant parfois hors des limites, franchies. Violées. Tant pis. 04. Tu détestes le mot « handicapé » et pourtant, c’est ainsi que tu te perçois. Depuis la perte de Margaret, tu es non seulement handicapé d’une sœur – et un frère sans sœur, c’est con, ça ne fait qu’un homme et c’est triste – mais aussi de trois doigts. C’est une mauvaise blague, tu refuses de l’accepter, pourtant tu as peur aussi. Handicapé des sentiments qu’on ajoutera, incapable de se remettre à l’endroit. Handicapé du bon sens aussi, incapable de voir au-delà du vide des doigts disparus, incapable de renier les manies gagnées depuis un combat perdu. Le seul, qui comptait, que tu as mené. Parce que même avec Eilis, tu perdais. 05. Les manques ne sont pourtant pas tout, non on a aussi décoré ta peau. On l’a brulé, on l’a déchiré, on l’a abîmé au-delà du supportable. On a fait de toi un patient, une expérience, presque une jolie fille à qui refaire le nez – mais ça, c’est ton ancienne fiancée qui c’en est chargé. Alors pour couvrir les modifications, les preuves de ton sauvetage, dans un ultime élan de coquetterie – souci d’égo surtout – tu t’es mis à accumulé les tatouages. Une nouvelle obsession, la preuve ultime que plus jamais tu ne seras pianiste de profession, une punition à travers l’aiguille douloureuse et une délivrance à travers les dessins qui orne ton torse. Ta hanche gauche – brulé et mutilée – n’est dorénavant qu’une œuvre d’art, idem pour tes bras, ton dos, même tes pieds n’y ont pas échappés. On t’a rénové au cours des quatre dernières années et tu n’es pas près d’arrêter. Tu es l’évolution, l’homme survivant et tu célèbres la chose à travers les tracés douloureux. 06. TSPT ou la hantise perpétuelle, un enfer bien à toi. Depuis trois ans déjà, avec la disparition de Maggie, tu t’es fait un ennemi cruel, plus que les loups ou les sorciers, pire que les morts ou leur spectre. Ton démon se trouve sous ton crâne, sous ta peau, grouillant dès que tu changes de pièce, dès que tu passes devant une porte, ouverte ou pas. Chez toi, l’inconnu est une source de stress perpétuel. Tu cherches les ennemis, tu cherches les pièges, tu coinces des bouts de papier, pousse des bières vidées et remplis de clous près des portes. Pour savoir, pour fuir, parce que tu n’es pas assez brave, parce que tu crains de finir comme ta sœur. Et même dans la sécurité de ta chambre, vérifiée quatre fois avant de dormir, tu n’arrives même pas à trouver le sommeil. L’insomnie te poursuit de ses avances et la violence gronde depuis les tréfonds de ton âme. Pourtant, tu refuses de faire face, rejette les traitements en les proclamant stupides ou inefficaces. Tu as accepté ton mal, tu t’y enfonces et si tu ne t’en accommodes pas, tu es bien trop ancré dans ce besoin de fuir la douleur, pour chercher à la régler. Non, tu ne veux pas en parler, non tu ne veux pas voir qui que ce soit ou avaler d’autres comprimés. Tu veux simplement qu’on te laisse devenir cinglé. Enfin, tu crois. 07. Dans cette fuite de ce qui vous est arrivé, soit la mort de Margaret et tes stigmates personnels, tu nies autant que possible tes handicaps. Ils ne sont réels que si tu leurs accordes de l’attention, pas vrai ? Tu crois que oui, pas naïvement mais avec entêtement, avec une monstrueuse mauvaise foi. Alors tu portes une prothèse, pour masquer le manque, tu deviens le barman ganté, un accès de coquetterie aux yeux de tous. De quoi se foutre de toi, de quoi te faire ronchonner, pour donner le change. Il vaut mieux être un putain de paon qu’une saloperie d’handicapé. 08. De la nicotine au bout des doigts jusqu’au goulot tiède des bières, tu aimes cultiver les vices. Tu fumes jusqu’à en avoir la voix écorchée, mélodie rauque aux accents presque lascif quand la fatigue gagne ton grand corps. Il n’y a que l’alcool qui ne mène pas ta vie, pente trop glissante, risque potentiel de tout perdre : ton gagne-pain, l’héritage, le souvenir et la malédiction de Maggie. Mais tu t’y roules tout de même, des relents d’alcool plein la barbe, au coin de ton sourire. Puis il y a la bonne chair, celle de Tallula mais pas seulement, celles de toutes les autres dont tu veux bien avoir envie. Des moments d’égarement, rien de plus, des poussées d’adrénaline, des encore sur leurs lèvres que tu étouffes d’une langue avide. Pour oublier que tu ne sais plus que briser tout ce que tu touches, parce que c’est sans conséquences, parce que parfois tu as besoin de respirer loin de la blonde pour te rappeler ce qu’est l’amour. Puis tu te rassures – un peu macho sur les bords, salaud à mi-temps – que ce serait injuste pour toutes les autres de ne pas profiter de Noah, les doigts agiles, transformant les femmes en instrument de musique. Tant pis pour le piano qui fait des siennes, tes trois doigts en moins – pour peu que tu n’exhibe pas le vide qu’ils ont laissé – ne gâchent rien à la musique des femmes. 09. Si tu as changé de métier, troquant les touches pour les bouteilles, ta garde-robe n’a étrangement pas changé. Les nouveaux clients ont tendance à te dévisager, parce que plutôt que d’enfiler de vieux t-shirt ou des chemises à carreaux, tu aimes les beaux vêtements et que même négligé tu dégages quelque chose d’étrangement soigné. Le musicien en toi n’est pas mort, pas celui qui se présentait au centre de la scène, les projecteurs braqués sur lui. Tu as beau te laisser aller depuis déjà deux ans, tu n’arrives pas à abandonner les vieilles habitudes. Agencer les couleurs, suspendre les vêtements, repasser les chemises, ce sont des rituels rassurant pour toi. C’est stupide, tu es le premier à l’affirmer et tu ne comptes plus le nombre de vêtement assassiné sous la bière, la graisse ou les effusions de sang, mais tu ne sais pas comment renverser la chose. Après tout, tu es devenu pianiste naturellement, cesser de l’être ce serait comme d’arracher un bout de ton âme. Tu ne sais pas si tu saurais y survivre. 10. Depuis trois ans, tu as hérité de Puck, le chat de ta défunte sœur. Chat terrible, qui tient évidemment son prénom du fameux farfadet farceur et qui, un peu comme lui, aime bien effrayer les clients quand il se fait tard. Bon, il n’a pas les yeux jaunes enflammés de la créature, mais quand on quitte le bar, tard le soir, avec la lune pour complice, on pourrait presque croire le contraire. Minet de cinq ans et entièrement noir, il aime aller et venir, hantant le bar quand il en a envie – mais surtout quand Eilis se présente en compagnie de son chien, manque de bol. Tu passes autant de temps à le caresser qu’à lui balancer ton pied aux fesses, en fait votre relation est un étrange mélange de complicité et d’agacement perpétuel, trop indépendant pour vous attacher sincèrement l’un à l’autre. 11. Si tu as vécu quelques années à Dublin, ta véritable demeure se trouve ici, à Glencullen. Tu y es donc revenu depuis 4 ans, après Eilis, ça te semblait la bonne chose à faire, retrouver ta soeur, retrouver ton coin de vie et puis, t'approprier le bar avec elle. Évidemment, avec le décès de ta soeur le bar est devenu tien, un fardeau pour commencer, puis un gagne pain relativement respectable. En fait, plus le temps passe et plus tu trouves du charme à crier pour te faire entendre, te démener pour avoir de nouveaux groupes un samedi soir sur deux et tu te sens drôlement utile quand tu trimbales tes grosses caisses d'un bout à l'autre du bar. Ce n'est pas trop mal. Non, vraiment. 12.Dieu, pour toi, ce n'est pas une connerie et mine de rien, tu es un bon catholique, comme tout le monde dans ta famille. Comme tout bon irlandais respectable – même si avec toi, on a parfois des doutes. Bref, Dieu existe, ça tu en es foutrement sur, mais homme ou femme, tu n’en as pas grand-chose à faire, c’est simplement un truc sadique qui aime bien t’en faire baver et se foutre de toi. Il a même du accrocher tes trois doigts à son cou, la bonne blague oui. Ha. Ha. Ha. Et pourtant, si ta foi a été ébranlée en perdant Margaret, si le monde est plus flou, si la rage rugit de plus en plus fort en toi, secouant jusqu’à tes genoux, tu continues de croire. Parce que sinon, ça signifierait que Maggie n’a pas été sauvée, qu’elle n’est pas en paix, qu’elle n’est pas « mieux » et ça, tu ne peux pas l’accepter. Jamais. Alors tu vas à l’église tous les dimanches et tu inclines la tête, tu grognes des « amen » quand le prêtre l’exige et tu t’agenouilles humblement pour le salut de ta sœur. 13. Au plus grand damne de Tallula, tu possèdes toujours ta moto, vestige d'une vie avec dix doigts. La belle époque, nom de dieu. Et elle a beau dire que c'est stupide, que tu risques de te casser un truc - pire, de te tuer - tu n'en as rien à faire. C'est une chasseuse, alors franchement, elle n'a absolument rien à y redire, aussi sexy puisse être son cul ! Heureusement pour elle - et pour toi surement - tu possèdes aussi un vieux camion. Si ça, ça ne la calme pas, beh tant pis hein !
Survival smiles, & her teeth sparkle.
PSEUDO : bat'phanie PRENOM : Steph(y) AGE :  :co:  COMMENTAIRE, SUGGESTION ? : Le forum est superbe, tant esthétiquement parlant qu'au niveau du contenu ! (J’aime beaucoup le thème épurée ! Ça fait TELLEMENT de bien, OMG !) Les annexes sont merveilleuses d'ailleurs et j'adore comment vous avez mis en commun plusieurs sources. :luveyes: + PARDON POUR LE PAVÉ QUE JE VAIS VOUS PONDRE EN FICHE  :oups: AVATAR : Rafael Lazzini GROUPE : Humain, même si son entourage est surpeuplé de chasseur.  PERSONNAGE : Scénario d'Eilis


full of honey and wounds
When a devil falls in love, it’s the most hauntingly beautiful thing ever. And you should be terrified, for he will go to the depths of hell for her. ▬ I am not here to tame your darkness,” she whispered,“ I am here to live in it.
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MessageSujet: Re: Noah Llywelyn [wagtan]   Dim 10 Juil - 5:30


on my knees and out of luck


Survival walks into a bar & spits out the window, sits in a corner and glares at everyone who looks her way.

On raconte beaucoup de chose à ton sujet Noah, on parle de ton enfance, une éclaircis de soleil, un temps plein d’espoir et des rêves qui réchauffent jusqu’à l’âme. On a parlé de talent spectaculaire – que du vent que tu dis aujourd’hui – on a chanté tes louanges, relié ton nom à Eilis, déesse de la musique, Euterpe réincarnée. On n’avait pas entièrement tort, tu ne peux pas le nier, mais tout ça n’aura duré qu’un temps. Trop court. Éphémère, comme tout ce qui existe en ce bas monde. On parle de ton optimiste d’antan, de ton enthousiasme, tes doigts qui couraient avec empressement – élégance – sur les touches. Le noir et le blanc, porcelaine et marbre, si délicat et si dur à la fois. Mais il n’en reste aujourd’hui pas grand-chose. Ton bonheur est un souvenir, ton sourire un peu tordu, ton cœur prisonnier d’une tempête perpétuelle. Un amas de bouteille vide et ta voix qui s’écorche pour se faire entendre, pour tenter – en vain – de te délivrer. Sauf que voilà, plus rien ne tourne rond. Ou peut-être que si, peut-être que c’est justement ça ton souci Noah. Tu tournes en rond, dans ta tête, dans ton corps, comme un lion en cage. Un foutu félin qu’on a dégriffé, un choix que tu as fait tout seul d’ailleurs alors que tu ne demandais pas mieux que d’être un animal domestiqué, à te vautrer sur les cuisses de ta propriétaire, Eilis ou Tallula, la torture ou la culpabilité perpétuelle. Un poison ou un autre, qu’importe. Mais voilà, si tu t’es cassé quelques dents sur plus forte, tu sens la rage gronder. Elle enfle, comme la tempête se charge dans le ciel, des nuages lourds de ton passé. Si ton dieu existe bel et bien – et il le doit, pas le choix, il a assez merdé comme ça – tu as compris depuis déjà longtemps qu’il ne t’aimait pas. Non, tu n’es rien Noah, rien qu’un laissé pour compte. Et être un foutu martyr, ça te déprime à mort.

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{7ans} Tes doigts filent avec légèreté sur les touches, le blanc pour commencer, plus léger – délicat que dit ta mère – puis sur le noir, plus lourd – imposant que dit ta sœur. Si la musique n’était qu’un amas de notes disparates, une cacophonie terrible, il y a encore quelques temps, elle est aujourd’hui douce à tes oreilles. Ton oncle t’as montré où poser les doigts, comment jouer – Ode à la joie, la seule mélodie qu’il arrive à jouer sans trop s’égarer et faire grimacer son audience – et depuis, tu ne t’en lasse plus. Et tant pis si ça ennui tout le monde, mélange de soupir, roulement de yeux sporadique, agacement permanent de la part des clients – mais qu’est-ce qu’un mioche fiche ici hein ?! – tu n’es que joie et bonheur. L’amour, tu le découvriras bien assez vite, est une faim dévorante chez toi, une quête obsessionnel de la perfection et tant pis si tu ne l’atteindras pas auprès des femmes, le piano est plus conciliant. Il te laisse jouer avec lui, t’égarer sur le noir, flirter avec le blanc, mais pas dans des crissements de dent ou des grimaces, non. Tu n’es pas ton oncle, tu n’as pas les mains pleine de pouce et tu sais lire une partition – il suffisait de te montrer, de persévérer. Alors la rumeur enfle autour de toi et un mot effrayant fait son apparition, un mot que tu ne comprends pas : prodige. Et les invitations s’accumulent, on veut t’entendre jouer, on parle de toi comme d’un phénomène, le fils mélomane qui joue sur un piano sans prétention, dans le bar d’un vieil oncle un peu cinglé. Et l’effroi ? Il ne vient pas de l’attention générale, pas même des demandes exigeantes – caprices d’un public qui espère qu’un gamin saura apprécier d’accompagner quelques chansons aux paroles louches – mais plutôt de la pression qu’on pose sur tes épaules. Une partition à la fois que n’a de cesse de souffler ta mère, tu peux le faire Noah. Et quelque part, même à seulement sept ans, tu savais qu’elle espérait te voir baisser les bras. Les Llywelyn ne sont pas des musiciens, tu le sais tout autant que tes parents – ils n’ont de cessent d’en parler quand ils sont seuls et te crois au lit – mais c’est en toi. Tes doigts sont magiques, même Margaret est d’accord sur ce point, et tu ne te vois pas briser le charme. Tu ne saurais pas. Tu ne veux pas. Et voilà que le désir devient égoïste – mais ne le sera-t-il pas toujours ? Évidemment que oui. Tu seras musicien, tu le sais et eux aussi, à leur plus grande incompréhension. Que fait-on d’un Llywelyn pianiste ? On attend que ça passe… ou pas.

♮ ♮ ♮

{15ans} L’âme louvoyante sous la mélodie, tu t’élances sur les touches, les yeux rivés sur elle alors que vos âmes se mêlent ensemble dans une harmonie qui te retourne l’estomac. Plus loin – trop loin – Eilis se tient droite, les yeux grands ouverts, le défi et la provocation en diadème, alors qu’elle teste les limites de son violon. L’instrument chante, hurle sa joie, sa peine et les trémolos forment des boules jusque dans ta gorge. Ému, même à un âge aussi ingrat, tu t’efforces de suivre les aléas de sa passion, de ne pas être laisser derrière. Tu trébuches sur les touches, te rattrape de justesse et t’emmêles les doigts sous sa passion. Si la jeune fille t’a désigné pour être son complice, elle te malmène tout autant que les partitions – tout juste des points de repères – car elle s’écarte des traits, des notes et du rythme attendu. Elle créer autre chose, elle transforme la musique et si le jury hésite, la main tremblante et le regard parfois plissé, toi tu ne cilles pas. Toi tu te laisses porter, un peu à la traine, un peu empressé, une note qui saute avant d’être rattrapé de justesse. Eilis t’entraine, elle s’avance et va à la guerre, son archet pour arme, les cordes pour les étouffer, tous. Leurs orgueils et leurs traditions à égorger. Et toi tu te contentes d’assister au combat, de battre la mesure, pareille à un tambour de guerre. Tu n’es pas là pour te mettre de l’avant – tu appartiens déjà à leur force, étudiant du conservatoire depuis deux ans bénies – tu te contentes de lui servir de marchepied, comme toujours. Noah le tremplin, ça te va plutôt bien et force est de constater que ça ne te dérange pas outre mesure. Non, même qu’au contraire, tu vis expressément pour ces moments : ceux où elle exige plus de ta part, où elle te pousse à aller au-delà du talent, où l’instinct doit prendre le dessus. Peut-être n’es-tu pas chasseur, mais ici, tu te fais l’impression de ne pas être devenu quelque chose de bien différent. Tu chasses le rythme, tu soumets les octaves et tu conquiers les cœurs. Pourtant, quand tu joues avec – pour – elle, tu ne cherches pas l’approbation des autres, non, tu cherches à te satisfaire. Évidemment, à ton âge tu ne préfères pas t’attarder sur le sujet, mais la vérité c’est que de jouer un morceau avec Eilis est plus satisfaisant que n’importe quelle séance de masturbation et ce n’est pas peu dire. Ça n’a – pour le moment – rien à voir avec elle, avec son physique et ses grands yeux de furie, non. Ça n’a qu’à voir avec son talent, avec cette adrénaline qu’elle shoote dans tes veines, plus fort, plus vite, plus longtemps, plus court. Tout n’est qu’urgence avec elle, mais un empressement qui n’a rien de désagréable, elle ne connait pas les sons disgracieux. Tu ne les entends jamais avec Eilis. Et quand la chanson s’arrête, nette, un mélange de soulagement et de frustration miroitant dans les regards durs des membres du jury, tu retrouves ton souffle. Comme épuisé par la course folle. Encore secoué par cet échange qui t’a touché de l’intérieur.

Elle s’enfuit à l’extérieur, bien entendu. Elle te fracasse d’accusation, comme si elle était la mer et toi un roc. Eilis est plus impétueuse qu’une tempête, elle tourbillon autour de toi, te lance son ressac avec violence et tu encaisses ses reproches en te contentant de secouer la tête. C’est toujours de ta faute. Les ratés, l’empressement, l’incompréhension de ceux qui t’ont acceptés sans sourcillé, toi. Musicien docile, plus doux et léger, habile mais discret comme on s’attend qu’un grand artiste le soi. Les vrais, ceux qui font salle comble. On te promet déjà une grande carrière, des amphithéâtres plein et un auditoire paré de satin et de velours, des perles et des diamants pendant à leurs cous. Oh, ils t’adoreront, tu le sais bien, seulement jouer comme ils le souhaitent, te conformer aux partitions sans te presser, sans avoir à chercher ton souffle, n’a pas le même intérêt. Cette vie toute rangée ne te semble plus aussi attirante, pas depuis l’année dernière, quand la petite brune est venu exiger de toi que tu sois son partenaire. Un complice dans ses crimes à venir, le bout de ses doigts faisant s’envoler les partitions, ses pieds renversant les lutrins. À quoi bon suivre le papier quand la musique est en toi ? Elle a raison et de fait, tu tâche de la consoler, de la rassurer. Mais c’est peine perdu, elle ne songe qu’à te mordre. Tu es peut-être son partenaire, tu n’es pas pour autant son allier. Pas encore. Parce que ta musique est trop « parfaite » et dans sa bouche, le mot n’a rien d’agréable, rien d’un compliment. Tu as trop de structure, ton esprit est étroit, logé entre les lignes des partitions, parfaite clé de sol qui ne demande qu’à faire chanter les cœurs, qu’à égarer les esprits dans des scènes imaginaires. Seulement, quand tu joues, elle ne voit que les notes, que les couleurs fades que tu en tires. Alors tu apprends, un peu plus avec elle encore, à te fier sur l’agilité de tes doigts, à laisser la musique tricher, leurrant les envies pour en créer d’autres. La musique n’est pas qu’une douce mélodie, non tu sais qu’elle vibre sous le poids des âmes, l’enthousiasme et la ferveur pour pilier, mais avec Eilis elle devient bien plus encore. Vivante et indépendante de toi, capricieuse. Mais ta musique à toi, n’a et n’aura jamais l’agressivité de la sienne. Jamais. C’est un problème de respect des touches, d’une lâcheté qui t’es propre, tu ne souhaites pas brusquer, tu ne dépasses jamais la limite. Trop bon, trop con. Elle a évidemment raison.

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{18ans} Elle a encore craqué, dans des éclats de voix, dans quelques objets lancés, au hasard. Une peluche. Un trophée. Une chaussure, le seul objet que tu as reçu, en plein sur la tempe. Et puis elle c’en est allée, les cheveux volant dans tous les sens, véritable tornade et tu ne serais pas même étonné d’apprendre qu’elle a renversé quelques immeubles de la ville. Est-ce que Dublin s’en remettra ? Rien n’est moins certain. Au téléphone, ta sœur ainée pouffe de rire – sa réaction habituelle quand tu lui fais état de chacune des crises d’Eilis – en apprenant que c’est la chaussure que tu t’es pris. « Oh, elle a fait fort cette fois. Tu as une marque ? Dit moi que tu as une marque ! » Tu ronchonnes un peu, mais tu sais très bien qu’elle a conscience du sourire qui étire tes lèvres, à l’autre bout du fil, seul dans ta chambre de Dublin. « C’est ça, moque toi ! Non, je n’ai pas de marque, navré. Mais merci de me soutenir, ça me réchauffe le cœur, si si, je t’assure. » Son rire s’envole et tu t’enfonces dans ton oreiller, comme apaisé. Tu n’as jamais eu que Margaret comme soutient, là d’où tu viens. Ni ta mère, ni ton père, n’ont jamais réellement sut comprendre ton amour pour la musique. Oh, ils ne sont pas moins fiers de toi, mais c’est un sentiment qui leur vient de par l’influence des autres, une information qui s’est installé dans leurs esprits à force de l’entendre être répété par les autres. Mais pas Maggie, non, ta sœur t’a toujours encouragée, assise sur le piano du vieux bar, les jambes se balançant dans le vide, dodelinant de la tête, un sourire immense aux lèvres. Et depuis que tu t’es installé définitivement à Dublin, parce que tu en avais assez de perdre ton temps dans le bus, tu la harcèles souvent à coup de sonnerie. Parce que parler avec elle, c’est un peu comme n’avoir jamais quitté Glencullen. C’est rassurant. « Oh ne t’en fais pas pour si peu, Rhys. De toute manière, nous savons tous qu’elle reviendra » et en écho avec elle, tu souffles la suite : « elle revient toujours, oui je sais. » Seulement, tu n’arrives pas à sincèrement t’habituer à la montagne russe émotionnelle qu’est Eilis. Tantôt oui, tantôt non, elle t’épuise avec ses jeux et ses non-dits. Seulement la vérité c’est que tu ne sais pas comment te privé d’elle, comment cesser de t’efforcer de lui plaire, compenser et plier sous les caprices, sous les exigences. Tu ne saurais plus vivre sans la pression qu’elle t’impose, probablement parce qu’elle te facilite la vie auprès de tes enseignants, des chefs d’orchestres et des jurys, parce que comparé à elle, personne n’est aussi dur ou sévère. Parce qu’elle te juge plus fort que tous les autres.

Alors tu soupires, glissant un bras sous ta tête. « Elle aurait dû gagner tu sais… sincèrement. » Ta sœur soupire aussi et tu peux presque l’imaginer poser sa joue contre son genou alors qu’elle souffle sur un orteil qu’elle peignait. « Rhys… si ce n’était que de toi, elle gagnerait toujours. Tu n’es pas objectif, tu es amoureux. » Un autre sourire te recourbe les lèvres et tu fermes les yeux. « Elle a quand même été grandiose. » « Je n’en doute pas, mais elle a un problème d’attitude, Rhys. Je l’adore, tu le sais et je me ferais un PLAI-SIR d’être la marraine de vos enfants, bien bien plus tard hein, mais il faut être réaliste. Elle a une putain d’attitude et malheureusement, ça gâche parfois ses chances. » Elle n’a pas tort, l’air frondeur de celle qui c’était enfin décidé à être ta petite-amie – trois mois, un miracle –  jusqu’à il y a une semaine, quand elle a perdu le concours et que c’est devenu ta faute, ralentit son succès. Son ascension vers le succès. Et tu sais pertinemment qu’elle t’en tient rigueur, toi qu’on a déjà approché avec enthousiasme, exaltation, pour rejoindre le Philarmonique de Dublin. Oh, tu as reçu d’autres offres, mais trop loin de la maison, trop loin d’Eilis. Elle est encore trop jeune pour t’y suivre et assurément trop effrontée pour savoir se tenir, pour attendre de gagner en gallon avant de s’installer près de toi, menant les autres violons, les soumettant tous dans sa folle course. Et si Maggie n’a pas compris ton refus de voir du pays, de voyager un peu – « Avec un talent comme le tien, c’est stupide de rester ici, va voir le monde Rhys ! Amuse-toi ! Arrête de te freiner, elle ne le ferait pas pour toi, tu le sais autant que moi. Et puis… elle sera toujours là à ton retour. » – elle n’avait pas tort quant à ce qui te retenait ici, en Irlande. Eilis. Celle-là même qui t’a balancé une chaussure plus tôt, quand tu as voulu t’enquérir de son état et qu’elle t’a rappelé – avec toute la bonté qu’elle possède – que vous n’étiez plus ensemble. « Tire-toi Noah ! » qui sonnait étrangement comme un « Pas même foutu de suivre une partition ! » Au pire, elle a raison, mais c’est plutôt ton incapacité à suivre autre chose que sa fureur, que son entité, qui devrait t’inquiéter. Au téléphone, tu entends Maggie respirer, puis tu devines son sourire, celui presque maternelle dont elle te couve quand tu deviens trop silencieux, ce qui ne te ressemble pas. « J’irais prendre de ses nouvelles demain, arrête de t’inquiéter d’accord ? Et va dormir un peu. Tu dois encore travailler tes partitions, mais tu vas y arriver. Et puis, mange après deux tours d’accord ? Jure-le ! » Le rire s’échappe d’entre tes lèvres et suite à ta promesse, tu raccroches pour dès lors chercher sagement le sommeil, Eilis errant dans ton esprit comme un fantôme.

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{25ans} Assise en face d’Eilis, tu te retiens – non pas sans effort d’ailleurs – de ne pas te tortiller sur ta chaise. Ça n’a évidemment rien à voir avec le restaurant où tu l’as invité, ce n’est pas le premier – ni le dernier – endroit chic où tu l’entraines. Plus maintenant. Pas avec vos situations personnelles, pas quand vous êtes des visages connus au sein du Dublin Philharmonic, un couple vivant non seulement à travers la musique, mais à travers tout. Le bon comme le mauvais. Les pratiques qui n’en finissent plus, Eilis au bord de la crise de nerf, te sifflant des ordres que tu n’es pas visiblement pas apte à suivre, mais aussi une Eilis plus douce, presque souriante, parce que tu as su mener le piano là où elle le désirait, que tu t’es tué sur le blanc et le noir. Une relation à la fois exaltante et terriblement ardue à poursuivre. Parce qu’il y a les cris, mais aussi les claquements de porte, les insultes que tu te prends à deux heures du matin. Seulement, elle ne peut pas vivre sans toi – toi non plus – et elle revient toujours, son corps comme aimanté au tien, sa langue se faisant friandise dans ta bouche. Trois ans déjà que dure vos conneries, que le rêve s’étire. Et puis il y a ce soir, ce restaurant, cette robe qu’elle a enfilée – et que tu rêves avidement de lui retirer – et puis ton joli costume – celui qu’elle aime bien froisser à coup de main gourmande. Il y a ce poids inquiétant dans la poche gauche de ta veste, le poids des responsabilités, le poids des risques, une bague de fiançailles. Parce que votre couple ne se porte plus aussi bien, parce que tu la sens te filer entre les doigts, sa voix s’écorchant à coup de hurlement – tu fais toujours tout de travers, mais maintenant les autres font encore pire – parce que maintenant que sa vue se brouille, que les couleurs se dissipe, elle a la rage de vivre. Elle mord tout ce qui l’entoure et ton instinct, celui-là même qu’elle a développé chez toi, t’as pressé de faire quelque chose. Pour ne pas qu’elle s’efface, qu’elle ne s’enfui loin de toi. Pour te blesser ? Pour se préserver ? Pour se venger du monde entier en se refusant le bonheur, probablement oui. C’est bien son genre.

Le repas ne l’intéresse qu’à moitié, contrairement au vin qu’elle avale avec gourmandise. Un remède comme un autre pour oublier que sa vie est « fichu. » Que tout sera bientôt sans saveur, sans couleur, le noir éternel en somme. Mais pas ce soir, non. Tu essais de la faire rire, mais elle n’en a pas envie, elle rumine encore sa douleur et même ta main, que tu tentes de poser contre la sienne, est rejeté, les doigts se dérobant. Est-ce qu’elle sent venir la demande ? Tu crois que oui. Peut-être qu’elle est nerveuse, elle aussi ? Peut-être qu’elle compte dire non ? Aucune idée, mais tu dois le faire, tu dois tenter le coup et dès que vous quittez le restaurant – un beau gaspillage, parce qu’outre le vin, vous n’avez pratiquement rien mangé l’un comme l’autre – tu fais sa main prisonnière. Oh, elle tente bien de t’échapper, mais elle rencontre ta bouche et déjà elle se veut légèrement plus docile. Ses dents te piquent les lèvres, mais tu te contentes de sourire – sa voracité n’a rien de désagréable, au contraire – avant de la relâcher et de presser le pas, passant devant elle. Et c’est là, alors qu’elle s’apprête à te sermonner que tu lui barres la route, peut-être même à te virer à coup de pied dans les tibias, que tu poses un genou au sol. Elle fige. Toi aussi. C’est réel – probablement trop – et tu te sens un peu – beaucoup – con, dans pareille position. Un sourire nerveux aux lèvres, la petite boite tremblante dans les mains, tu cherches un peu d’air. Inspirer. Expirer. Recommencer. Encore. Ne pas mourir devant elle, ce serait bien aussi, tout de même. Va-t-elle refuser ? Tu ne sais pas, tu ne veux pas savoir, mais tu fronces les sourcils et comme tu l’as toujours fais dans chacun de vos duos, tu t’élances : « Épouse-moi Eilis. » C’est presque un ordre vu le ton que tu utilises, mais près de vous, quelques passants s’écartent, certains retenant leurs souffles. Tu ne les remarques pas, le regard rivé sur celui de celle qui bat en toi, une extension de ton être, ce qu’il y a de pire en toi. Une dépendance qui dépasse celle de la nicotine, une passion comparable à cette de la musique. Une hymne que tu aimerais te réservé. « Aller, tu sais que tu adores me balancer tout ce que trouves, à la gueule. Et puis, j’ai peut-être du mal à suivre ton violon, mais je suis quand même le moins nul des pianistes du Philarmonique. Épouse-moi. » Impossible de te le refuser n’est-ce pas ? Le petit sourire qui tressaille sur ses lèvres est une preuve en soi, seulement elle aime bien te donner le change et si la réponse est négative, ça ne durera pas. Parce que dès le lendemain matin, alors que tu te faufiles sous la douche derrière elle, c’est une main arborant ta bague qui viens glisser le long de ton torse, jusqu’à ton dos pour t’écraser contre elle. Qu’importe qu’elle n’ait jamais dit « oui » tu sais lire entre les lignes, ce qui est tout de même plus pratique qu’une satanée partition cochonné par les notes exigeantes d’Eilis.

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{26ans} C’est fini. Un mot que tu n’as jamais associé avec Eilis. Jamais avant aujourd’hui. Un gout amer en bouche et affalé sur le comptoir du bar, tu dessines une clé de sol avec l’eau qui a perlé de ta chope de bière, plus tôt. Fini, c’est un mot trop court pour faire état de cette finalité entre la brune et toi, de ce vide qu’elle t’a enfoncé dans le ventre. Comment fait-on le deuil d’une relation ? Pas en enfilant du noir ou en avalant de la glace jusqu’à rouler hors de la cuisine, non. Et l’alcool n’aide pas, c’est trop exigeant de se saouler, ça demande des litres de liquide que tu n’as pas la foi d’avaler. Le piano ? Il se mérite un regard morne de ta part, mais avec ton départ de Dublin, tu sens le mélomane en toi se lamenter. Certains n’ont plus faim quand ils perdent un bout de leur personne, toi tu n’as plus envie de jouer, ni d’écouter. En fait, tu vas jusqu’à exiger que ta sœur éteigne la radio du bar. Et voilà, Maggie passe justement derrière toi, sa main glissant tout naturellement contre ton dos – rond sous ton manque d’ambition, sous ton état pitoyable – et tu te mérites un baiser sur la tempe quand elle se glisse près de toi, ramassant les cadavres de bouteille, épargnant le tien. Pas assez vide, probablement. Mais si ça se trouve, elle est aussi aveugle qu’Eilis, parce que tu te sens bien plus vide que les bouteilles de verre. Tellement malheureux. Tellement inutile. « Alors déjà je t’arrête dans tes lamentations internes. Elle reviendra. Ou ce sera toi, qu’importe. Je vous connais Rhys, et je- » « Non. C’est terminé. Même si elle revient, même si elle me supplie. Assez. J’en ai eu assez, Maggie. » Quelque part, tu sais que tu parles sans vraiment réfléchir, que tu céderais si elle revenait réellement. Et ta sœur le sait tout autant, son sourire navré en dit long sur ce qu’elle en pense. Ça passera. Ça passe toujours. Sauf que non, pas cette fois. Pourquoi ? Parce que ton nez fait le triple de son volume habituel et que les points de sutures te donnent un air à la Frankenstein. Tout sauf charmant. Pourtant, ce n’est pas tant la cicatrice qu’Eilis ta légué en t’attaquant – de sang-froid, parce qu’elle le pouvait, parce qu’elle le voulait, la capricieuse fait dangereuse – qui t’élance aussi fort. Non, c’est le foutoir qu’elle a mis en le faisant, là en dedans. Là où tu ressens encore l’envie de l’appeler, de lui demander comment elle va, comment elle se remet de sa crise psychopathe – vous pourriez en rire, tu le sais – sauf que tu ne le feras pas. Question d’égo, question de bon sens. Ton instinct de survie t’a convaincu de plier bagage et de rentrer. Elle peut tout garder, tu l’as appelé, une fois sortie des urgences, une fois installé sur le canapé de Maggie – qui te dévisageait avec inquiétude, ton nez encore crouté de sang. « Garde la bague, Lis. Garde tout, Dublin et le Philarmonique, je… garde tout, ok ? » Et c’est cette conversation qui te hante. Cette décision que tu as pris sans même y réfléchir. L’instinct de survie. Le bon sens que dit Maggie. La main de celle-ci qui te tire doucement l’oreille, t’arrachant une grimace, qui te fait couiner – saloperie de nez amoché. « Aïe, aïe !! » « Arrête que je te dis, viens plutôt m’aider « associé » ! » Oh aller, entre ça ou t’apitoyer, elle n’a pas tort, aussi bien te montrer utile. Tu te redresses donc, non pas sans lui offrir un regard accusateur et un air revêche. « Ça fait plaisir de voir que mon retour t’enchante à ce point… oh et j’adore ta délicatesse, une vrai petite fleur. » Elle rit déjà et t’indique la porte arrière, là où des caisses t’attendent. Oui, oui, il est temps de se mettre au travail et de mettre tes muscles au service d’une plus grande cause que celle des dessins avec eau de pichet.

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{28ans} Le corps lourd, le corps absent, tu fixes vaguement la seule chose qui importe dans cette chambre : la main de Tallula dans la tienne. Tu aimerais que sa chaleur te rassure, que sa présence arrange tout, sauf que ce serait mentir. Parce que tu as beau serrer doucement la main de la blonde, recevoir une pression en retour de sa part, rien ne va bien. Ta chambre d’hôpital est trop froide – les frissons passant de ton corps à ton âme il te semble – et les tintements des machines te font l’impression d’un tic-tac incessant. Tu deviens capitaine crochet dans cet endroit maudit, deux doigts en guise de crochet de chaire – les trois autres disparu dans le ventre du terrible crocodile, le tic-tac en rappelle terrible de ta perte. De ce qui ne sera plus. Handicapé. Un mot qui sonne terriblement indécent dans la bouche du médecin, foutu incapable, il aurait dû sauver tes doigts, il aurait dû en trouver d’autres. Peut-on greffer des doigts étrangers à un type ? Peut-être pas, tu t’en fiches, tu voudrais que oui ! Le corps bourré d’antidouleur, même tes pensées semblent se troubler. Ta chambre stérile prend des allures de salle des glaces, un palais de tous les malheurs, ta souffrance pour spectacle. Tallula pourra bientôt peindre la scène, immortalisé cet instant terrible, en faire une œuvre d’art. Une œuvre de mort. Celle de Maggie, celle qui te foudroie encore, même au bout de deux mois. De vide, de douleur, d’errance. Alors tu fermes les yeux, tu tentes d’oublier. Encore un peu, juste un instant. Tu ne veux pas te rappeler que ta grande sœur s’en est allé toute seule, la première, sans t’attendre, sans te laisser une petite chance de l’aider. Que sa main ne glissera pas contre ton épaule, s’y crochetant en guise de soutient. Des mots rassurants qui ne viendront pas, qui ne viendront plus, « tiens bon, Rhys. C’est jamais que trois doigts… » Elle, elle aurait pu le dire, elle aurait pu en rire et probablement que tu aurais ris aussi, que tu aurais sut dédramatisé la situation. « Ok, ça te donne un drôle d’air mais hey, tu es droitier, y compris pour faire les doigts d’honneur, t’auras qu’à utiliser ton bras gauche pour renforcer le truc. » Si tu savais encore comment sourire – tu aimerais bien blâmer la médication pour ça aussi, sauf que non, tu as du mal depuis que tu as dû aller constater son décès – tu ne saurais pas le retenir. Elle est presque dans ta tête actuellement – et là, tu peux assurément blâmer ta perfusion – mais ça ne suffit pas. Il n’y a que Lula qui suffit, sa main n’abandonnant pas la tienne, pas depuis que tu t’es réveillé d’un cauchemar pour réaliser que tu avais atteint les limbes. La vie est une salope, mais de celles qui sont attachantes, parce que la blonde est encore là. Probablement un dernier et ultime cadeau de ta sœur, elle qui espérait tant qu’avec la chasseuse vous formiez un tout, un véritable couple. Pas seulement une vague entité, les corps empêtrés dans les draps, vos genoux s’effleurant sous la table d’un restaurant, vos rires en échos à l’autre et vos mains s’entremêlant quand tu la raccompagnes jusque chez elle. Quand elle s’éternise chez toi, le temps d’une nuit, puis jusqu’à midi. Un souvenir encore vivide, celui du rire de ta sœur et de ses grands yeux posés sur toi, bien décidé à en découdre si tu ne cèdes pas sous ses plans d’entremetteuse.

« Avec une chasseuse ? T’es sérieuse ? » Tu ris, une pointe cynisme s’enroulant autour du son grave, de quoi te faire mériter un coup de chiffon de la part de ton ainée, te sermonnant joyeusement. « Suffit ! Ne te moque pas, je la trouve très bien ! Et puis… si j’ai bonne mémoire, hier soir, toi aussi tu semblais l’apprécier. » Oh, tu ne peux pas nier avoir passer la nuit avec la plantureuse blonde et tu t’écorches les lèvres d’un bout de dent, un sourire un chouia vicieux s’y logeant. Oui, elle te plait bien, la jolie Lula. Le sourire mielleux, le regard vif et le corps brûlant, tout en courbe, de quoi te faire chavirer. De quoi faire perdre le cap à n’importe quel homme censé. De quoi te faire perdre la tête, plutôt deux fois qu’une. En fait, son odeur te colle encore à la peau et tu revois son sourire en coin quand elle a quitté ta chambre, un de tes t-shirts pour trophée de chasse. Tu veux bien être sa proie. Encore et encore. « Pas faux… elle est plutôt cool. » Le rire de Maggie résonne à travers le bar vide, alors qu’elle pose les chaises sur les tables, te cédant le passage avec la vadrouille. « Plutôt cool ?! C’est tout ? Pfeuh, connard va ! Vous trainez ensemble depuis pas loin de six mois, tu veux bien me faire plaisir et te décider à rendre votre relation officielle ? Il serait à peu près temps… en plus, ça me rassurerait ok. » Tu hausses les épaules, représentation vivante du type qui ne sait pas trop, celui qui fait « comme si » il comptait y réfléchir alors que tout est déjà clair : Lula peut laisser une brosse à dent dans ta salle de bain personnelle et elle le fera. Bientôt.

Est-ce qu’elle le regrette aujourd’hui ? Rouler en boule dans le fauteuil qu’on a bien voulu lui laisser, près de ton lit, le visage encore crispé par l’inquiétude alors que le sommeil la taraude, elle est l’image même de l’angoisse. Celle d’être coincée avec toi ? Celle de te voir perdre la tête ? Non, que dirait Maggie, elle a peur pour toi. Peur que tu ne passes pas par-dessus. Mais même ta lâcheté à ses limites, n’est-ce pas ? Oui. Pauvre Tallula, mauvaise pioche, c’est de toi qu’elle a hérité alors qu’elle n’a rien à voir avec toi, blonde là où tu es brun, les yeux aussi bleus que les tiens sont foncés, une opposition, un contraire. Elle a l’audace que tu n’as pas, les mains pleines de sang et le talent de le faire couler, là où toi tu n’as que des traces du tien. Trois doigts en moins. Cette constatation te hante, c’est une obsession que même les médicaments n’arrivent pas à chasser, un néant trop grand, un vide qui veut te gruger jusqu’à l’âme. Heureusement ce n’est pas la main directrice, heureusement il s’agit de la droite. Heureusement, ton cul oui ! Il te manque trois putains de doigt ! Si on ne t’avait pas envoyé une bonne dose de calmant, quand on te l’a annoncé, tu aurais pu renverser tout ce qu’il y avait dans la pièce. Tout. Sauf elle, la jolie Lula, désirable même quand elle sombre à moitié dans l’inconscient, les bras de Morphée trop tentant. Comme elle. Encore une autre opposition, parce qu’avec tes doigts en moins, parce qu’avec ton corps lacéré, ta hanche en attente d’une greffe de peau, tu ne te sens pas beau. Plus jamais peut-être ? Qu’importe. Tu n’aurais pas dû survivre et si ce n’était pas de Lula, de son habileté à sauver tout autant qu’à tuer – et peut-être qu’elle croit encore pouvoir te sauver, de toi-même comme du reste, bonne chance à elle – tu aurais déjà rejoint Margaret. Mais alors, est-ce que ça fait d’elle une héroïne ou est-ce qu’elle n’a pas plutôt tout foutu en l’air ? Tu préfères éviter d’y réfléchir, être ronchon tu peux le gérer, mais finir suicidaire, là non. Il ne faut pas déconner, nom de dieu ! Tu as voulu venger Maggie, soit, tu t’es planté et c’est là ton humiliation personnelle : l’échec. Ton incapacité à faire autre chose que de taper des touches, que de servir des bières, que de faire jouir une nana. Mais justement, cette défaite, ce poids, il est tien. Et qu’importe les thérapies à venir, rien ne pourra virer ce sentiment de ton être. Tu es foutu Noah et tu le sais, le souci c’est que tu as du mal à t’en préoccuper. Un deuil à la fois hein et tu as décidé de commencer avec Maggie, une amputation à la fois, oui.

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{30ans} Les sens en alerte, le corps tendu et le regard vif, tu sers une bière à un client tout en observant le fond de la pièce. On chahute un peu – comme toujours – mais tu ne t’inquiète pas pour ce genre de chose. Pas des bris matériels, parce qu’une fois deux chasseurs bien enivrés et échauffés par le combat, il arrive que des chaises volent ou qu’une table s’effondre sous le poids d’un corps. Non, ça n’a rien de dramatique, tu sais encore réparer ce genre de chose – peut-être que c’est la seule chose que tu sais encore remettre en ordre, oui. C’est plutôt les fenêtres et les coins d’ombres qui t’inquiète. La peur est devenue chronique, elle frémit sous ta peau, comme des parasites qui chercherait à te faire perdre l’esprit – du moins, ce qu’il en reste. Les gens du coin savent que ça ne va pas fort sous ta caboche, certain en louchant sur les tatouages qui n’en finissent plus de faire leur apparition sur ta peau, d’autre en observant le bar que tu tiens, mais la plupart se contente de te regarder sursauter et coincer des bouts de papier dans l’embrassure de la porte derrière ton comptoir. Les bouteilles vident que tu accumules sont une preuve supplémentaire et les hommes qu’il t’arrive d’agresser, une autre accusation que la folie te guette. L’un d’entre eux t’observe d’ailleurs, au fond de la taverne, l’air peu amène, osant tout juste répondre à Moira qui prend sa commande. Ici on a la rancune facile et le fait que tu aies défoncé le nez de ce pauvre type il y a un mois – mais quand bien même Tallula te dit qu’il est seulement atteint de strabisme, toi tu continues de dire qu’il en avait contre ta personne – suffit amplement à ce qu’il l’ait mauvaise. Tu le comprends, tu ne juges pas. Pas tant qu’il ne laissera pas dévier l’un de ses yeux sur toi – ou sur Moira, tu veilles sur ta filleul tout de même, son père te tuerait de ne pas le faire. Enfin, son père te tuerait tout court, s’il savait comment tu oses lorgner sur ses jolies fesses quand elle s’étire au-dessus du bar pour tendre les bouteilles aux clients, comment tu te retiens de ne pas les lui empoigner. Et Lula te ferait encore pire. Ahem.

Tu poses la chopine et la fait glisser jusqu’à la main du bonhomme, qui te remercie d’un hochement de tête. Il mérite la même réponse de ta part et déjà ton regard fait l’état des lieux – encore – comptes les ombres présentes, s’assure que Tallulah et Moira sont en sécurité. Rien à signaler. Bien. Tu grattes ton pansement, celui dissimulant ton dernier acte de thérapie : un autre tatouage pour t’aider à ravaler la douleur. Pour te punir de ta faiblesse. D’être le seul survivant de ta fratrie. Et voilà qu’une main chasse la tienne, ton regard vrillant déjà celui couleur de bout de mer de Lula, le bleu clairsemé de vert te fixant sans aucune crainte. Tu ne dois pas gratter, tu sais bien et tu retires ta main, te méritant un sourire, un baiser et une bière qu’elle pousse dans ta main. Un rappel presque douloureux de la tempête à venir, pas parce qu’elle va chasser – non ça elle se garde bien de t’en aviser, elle sait que tu arriverais probablement à la convaincre de te laisser l’y suivre et que tu risques d’y rester, de tout faire foirer au mieux – non mais bien parce qu’Eilis arrive bientôt. Parce qu’elle posera son foutu violon sur ta saloperie de piano, qu’elle te forcera à accorder devant elle, princesse de tous les caprices, les meilleurs comme les pires, surtout les pires. Parce qu’elle est une ancienne addiction et que tu as beau t’en être sevré, vous savez tous très bien comment il est facile de retomber dans ses vieilles habitudes. Parce qu’elle est synonyme de danger, autant pour ta raison et tes résolutions que pour la jolie bague qui scintille au doigt de Lula. Main que tu attrapes pour l’attirer plus près, tes lèvres trouvant sa paume pour l’embrasser tendrement. Elle est aussi nerveuse que toi – toujours quand il s’agit de sa Némésis en amour, n’est-ce pas ? – mais elle te rend un échantillon de sourire. « Tout ira bien… je crois. » Tu n’es pas très rassurant, mais elle s’en contente et elle se mérite un véritable baiser quand que les pattes du chien d’Eilis ne viennent cliqueter sur le plancher usé.

Tu relâches alors la blonde, inspirant un peu de son parfum pour toute protection, une amulette comme une autre, pour tourner ton attention sur la brune. Oh, tu ne prends pas la peine de la guider jusqu’au piano, elle t’arracherait la tête pour moins que ça, mais tu t’y diriges déjà. Le violon trouve sa place et tu soupires, t’attardant déjà sur le piano, non pas sans effort, la prothèse décorant ta main droite – et t’ayant valu bon nombre de remarque charmante, maintenant que tu es le barman coquet, celui portant des gants, qu’ils aillent tous se faire voir oui ! – te gênant bien davantage qu’elle te rend service dans pareille situation. « Non, je ne jouerais pas. Et oui, tu peux t’assoir et vérifier les touches, je suis en train de l’accorder. » Ta façon poli et civilisé de lui demander de ne pas faire de bêtise, de se contenter de faire ce pourquoi tu la paies. Mais il faut qu’elle t’effleure, il faut qu’elle dégage cette odeur et tu fronces les sourcils, te concentrant sur le piano, sur combien cette satanée prothèse te fait des misères. Tu ne dois pas réfléchir davantage, ne pas céder à son rire, à sa facilité à ne pas tenir compte de Lula parce qu’elle ne la voit pas. Et dans un autre soupires, tu tournes le regard vers elle, quand bien même elle n’y voit plus grand-chose, peut-être pas même la silhouette de ton être – tu n’as pas demandé à quel stade elle en était, ce serait déplacé, parce que vous étiez censé traverser ça ensemble, du moins tu l’as bêtement cru. « Lis, ne me fait pas regretter… pas ce soir. J’ai mal à la tête ok. » L’excuse habituelle, un mensonge qu’elle peut sentir sans même le voir. Tant pis. Parce que tu n’as pas dormi hier soir, Tallula ayant osée aller chasser et l’angoisse t’ayant tenaillé toute la nuit durant, tout un carton de cigarette se mourant dans ton cendrier. Tu ne peux pas en gérer davantage, enfin c’est toujours ce que tu te dis, mais dès qu’Eilis te touche, les souvenirs reviennent et tu demandes « et si », une question qui résonne vicieusement dans ton esprit. Non. Tu ne dois pas et jusqu’ici, tu as su. Assez, les femmes ne peuvent pas avoir ta peau, c’est les sorciers qui l’auront. Ça ou autre chose. Et tu ne réalises pas que si ton instinct émoussé s’emballe, c’est la faute du danger imminent qui se tient près de toi, et pas pour ce qu’elle dissimule sous sa lingerie mais bien parce qu’elle est plus sauvage que tu ne le crois. Une chasseuse et une louve, t’as vraiment un karma de merde Noah. Vraiment.


full of honey and wounds
When a devil falls in love, it’s the most hauntingly beautiful thing ever. And you should be terrified, for he will go to the depths of hell for her. ▬ I am not here to tame your darkness,” she whispered,“ I am here to live in it.
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Noah Llywelyn [wagtan]

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